Web biologique

Strategie web

Cet article a été publié le 21 décembre 2010 sur le Journal du net : www.journaldunet.com
http://www.journaldunet.com/solutions/expert/49528/web-biologique.shtml

Une des questions récurrentes après celle du prix d’un site web, est celle de sa durée de vie. Autrement dit : Combien de temps un site web doit-il rester actif avant de devenir obsolète ?

Les réponses sont variables, néanmoins en faisant une moyenne des observations des experts, un site web a une durée de vie de 2 ou 3 ans.

Pourquoi une durée de vie si courte ?
La durée de vie d’un site web est déterminée principalement par des facteurs externes :

Les évolutions technologiques

La rénovation des standards stylistiques du web


Pour répondre à ces pressions externes on peut :

  1. refondre le site (en récréant le site avec de nouvelles fonctionnalités ou une nouvelle ergonomie),
  2. relooker le site (en changeant le graphisme, pour repositionner son image au goût du jour).

Retarder la mise à jour d’un site peut coûter cher !

Au contraire, si les facteurs d’impact sont internes (comme le changement de l’organisation), alors la pression pour un changement est moins lourde et la durée d’un site web peut se prolonger à 5-7 ans. C’est le cas des sites d’un Intranet, où l’impact graphique est considéré moins important et les évolutions technologiques ont un impact retardé.

Les sociétés programment leurs budgets sur cette fréquence. Néanmoins très souvent, les budgets ne sont pas définis à l’avance, mais recherchés pour répondre à un besoin qui devient une urgence.

Généralement on parle de cycle de vie d’un site web (website life cycle), qui se développe en 5 étapes fondamentales : Conception, Développement, Recette, Promotion et Maintenance.

Dans la réalité un projet web part de la conception et arrive jusqu’à la mise en production. Puis c’est la partie promotionnelle qui intervient (mais pas toujours) pour conclure par la maintenance (notamment la maintenance technique).
Ces trois phases peuvent être rythmées par des contrats et des prestataires différents.

Quand le site devient agonisant, on fait repartir un nouveau projet afin de le refondre.

A bien voir, on utilise le même process que pour la production industrielle des produits matériels ou physiques.


Vision matériel

Connaître la durée de vie de son site web ?

J’ai toujours eu l’impression que cette question était mal posée. Cela vient d’une vision erronée des sites web (et en général des logiciels). Un site web est perçu (consciemment ou inconsciemment) comme une prolongation des objets physiques (plaquette, carte de visite, magazine, vitrine, décoration, boutiques, fiches, etc.).


C’est une vision « matérielle » : on visualise un site web comme un produit « touchable ».

Pour prendre une décision, faire un choix, investir de l’argent dans une entreprise il faut avoir une « vision ». La vision permet de créer des règles de comportement face aux problèmes. Ces règles font partie de ce que l’on appelle la « gouvernance ». « Pas de vision » signifie « pas de gouvernance ». Pas de gouvernance, signifie difficulté à faire les bons choix de management.

Visualiser le logiciel comme un produit « touchable » est un préconcept très diffusé. Malheureusement ce préconcept devient la « gouvernance cachée » dans la planification stratégique et la prise de décisions concernant les projets informatiques.

Et voila on se retrouve avec des sociétés qui veulent créer des outils. Mais pour quoi faire ?
Les besoins de départ ne sont quasiment jamais couverts par les outils web, pour une très simple raison : on a tendance à considérer l’outil comme « la » réponse à nos besoins, comme la panacée à nos problèmes, mais toujours comme un objet « externe » à l’organisation de l’entreprise.

C’est comme si on voyait l’outil web comme une prothèse artificielle de notre corps. Si un site web est comme une prothèse, il est alors un objet inanimé.

Essayons de changer la perspective.


Web vivant


Imaginons le site web comme une partie intégrante du corps : par exemple comme la peau.
Alors elle sera une partie vivante, biologique, du corps. Elle couvrira les bras, le visage, les jambes, s’adaptant aux différentes parties de la personne. Avec plus d’élasticité dans certains endroits et avec plus de résistance dans d’autres.

Alors combien de temps dure un site web ? La réponse est simple : une vie entière (jusqu’à la nouvelle révolution technologique).

Une vie d’entreprise naturellement. Une peau (donc un site web) restera jeune si tout l’organisme est jeune. Un site web (comme la peau) évolue, se régénère au quotidien, il s’adapte à l’environnement externe (ex. les évolutions technologiques), mais aussi aux évolutions internes (ex. le changement de stratégie, d’organisation et de communication).

Coûts

Un des résultats immédiats dans ce changement de perspective est de percevoir deux types de coûts.
Dans l’approche matérielle, les coûts semblent visibles car rapprochés dans le temps : Je vais faire un site web, je dépenserai mon budget et point.
Mais comme par magie. . .

1) les temps ne sont pas respectés et le budget est redéfini

Ça arrive régulièrement. Les temps sont bien souvent dépassés par le client (qui n’avait pas calculé son implication dans le projet) ou par les informaticiens (qui sont allés trop loin avec le développement). En tout cas il faut renégocier : ou l’on augmente le budget, ou l’on réduit le périmètre (cela signifie que l’on ne répondra pas à tous les besoins fonctionnels).

2) les temps sont respectés, mais l’outil répond seulement à une partie de mes besoins

C’est la réponse type des études informatiques : Vous voulez ça à ce prix et à cette date ? Pour pouvoir le faire on va réduire les fonctionnalités que l’on développera dans la prochaine version ou dans le deuxième lot.

3) L’outil marche très bien, parfois trop bien.
Néanmoins on avait pas du tout (mais pas du tout) prévu les coûts d’exploitation du système. Il faut avoir des personnes préparées (coût de formation ou autoformation) qui travaillent pendant longtemps sur ou pour le logiciel.


Le risque est de ne pas avoir un retour sur investissement immédiat, et en réalité les véritables coûts sont cachés.

Avec une vision biologique, au contraire, les coûts réels sont immédiatement visibles ; et c’est justement ce qui fait peur aux décideurs car ils ne s’attendent jamais à ces prix !

D’autres problèmes sont liés à la gestion de plusieurs fournisseurs dans le temps,
Combien cela coûte t-il en temps, en énergie et en négociation ?

Voici un tableau comparatif

Perspective matérielle Perspective biologique
Coûts cachés élevés Limitation des coûts
Evolution limitée et syncopée Evolution dynamique et constante
Faible ROI ROI important
Manque de stratégie Création de la stratégie
Communication difficile avec le fournisseur Communication plus simple et création d’une relation de partenariat


Conclusions

Mon conseil est d’arrêter de chercher des outils web immortels.
Pour paraphraser une phrase utilisée par De Beers dans sa campagne publicitaire de 1947 :


« Un diamant est pour toujours, un site web est tous les jours »

Ce qu’un management intelligent devrait faire est de chercher des partenaires (et non des fournisseurs) sur la durée. Il est certes difficile de planifier, d’organiser et de manager une entreprise avec des intervenants toujours présents, néanmoins cela permet d’obtenir un retour sur investissement beaucoup plus important à moyen terme (2/3 ans) et cela contribue grandement à la stabilisation des performances.


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